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Kaili Blues Mongolfière d’or 2015

Image extraite du film Kaili Blues

Pour sa 37e édition, c’est la poésie qui l’emporte au Festival des 3 Continents. La Montgolfière d’or est attribuée à Bi Gan pour son film Kaili Blues. Une oeuvre tout en douceur qui a su séduire le jury.

 

Cela fait longtemps que Bi Gan cisèle l’univers de Kaili Blues. En 2012, le réalisateur de 26 ans avait sorti un premier court-métrage, Diamond Sutra. Cette œuvre inaugurale esquissait déjà les prémices de ce film qui, quatre ans plus tard, gagne la Montgolfière d’or. Entre rêve et réalité, la mise en scène de Bi Gan prend place dans un monde cher au cinéaste : celui de la spiritualité. En fait, plus que des personnages, ce sont des “ karmas ” qui animent cette création. La Chine intemporelle de ce récit onirique est aussi là pour guider le spectateur et lui faire comprendre cet environnement hors du temps. Chaque personnage se trouve immergé dans des époques différentes qui, quelquefois, se réunissent le temps d’une scène. Ainsi, passé, présent et futur se côtoient et s’entrelacent tout au long de ce rêve éveillé. Un méli-mélo peu commun qui a su pourtant charmer par sa fluidité et sa poésie.

 

Pour sa 37e édition, le F3C a été bercé par les vertiges orientaux. Avec en compétition des œuvres aux messages forts comme Paradise de Sina Ataeian Dena ou encore des documentaires engagés, aux images dérangeantes mais fortes, tel qu’Oyster Factory de Kazuhiro Soda, le choix du jury n’a pas été aisé. Au clair-obscur de Dark in the White Light, c’est la poésie de Bi Gan qui s’est imposée comme révélation de ce festival. Présenté au sein de la section Cinéastes du présent au festival de Locarno – dont il a remporté le prix de la mise en scène – ce premier long-métrage sillonne la campagne profonde à moto, en train et en barque à travers des paysages grandioses et les rêveries nébuleuses d’une poignée de personnages. Notamment un jeune médecin à la recherche du fils abandonné par son frère.

 

Photo de Bi Gan

Le réalisateur de Kaili Blues, Bi Gan.

La maîtrise totale du non-dit et de l’esthétique de Kaili Blues pourrait même faire passer les sous-titres pour des fioritures. Il est facile de se laisser glisser dans la contemplation de ces scènes au temps suspendu et à la beauté typiquement orientale. Ainsi, il faut saluer le sens de la performance technique du réalisateur qui culmine lors d’un plan-séquence de quarante-et-une minutes sur un petit village en bord de rivière (Dang Mai). Quand bien même la temporalité insaisissable de certains de ces morceaux de bravoure filmique désarçonne parfois, le spectateur est comme sidéré.

 

A Locarno, la critique a réagi chaudement à l’œuvre de ce jeune homme, aux lunettes si fines qu’on dirait qu’il n’en porte pas. Mais, il garde les yeux bien ouverts et les pieds sur terre. Ses films sont faits pour “ des fantômes et du vent ”, explique-t-il et il ne serait pas surpris de voir un jour les salles se vider… Rien ne laisse encore présager de l’avenir réservé à ce réalisateur après pareils débuts mais nous savons d’ores et déjà que Kaili Blues aura une suite (ou un spin-off — chez Bi Gan le temps n’est pas linéaire) impliquant un détective. Le mystère reste entier, mais une chose est sûre : on n’a pas vu un tel succès nous parvenir d’un réalisateur chinois quasi-inconnu depuis À l’ouest des rails, de Wang Bing, en 2003. Kaili Blues, tourné avec des acteurs non professionnels et une équipe formée de jeunes gens tous nés dans les années 90, sortira en salle le 24 février 2016.

 

Noémie Chirokoff

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