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Le laboratoire Produire au Sud

Photographie du Cinématographe

© Cécile Limorté


Créé en 2000, l’atelier de formation pour de jeunes réalisateurs et producteurs a déjà contribué à la mise en œuvre de plus de 110 projets. Un observatoire précieux pour les professionnels engagés dans l’aventure.

 

C’est à Nantes qu’est né le projet de Produire au Sud (PAS), mais depuis 2003 l’atelier exporte son savoir-faire dans des villes comme Bangkok (Thaïlande), Taipei (Taïwan), Sderot (Israël) et Recife (Brésil). De jeunes binômes réalisateur-producteur s’immergent pendant plusieurs jours, dans le cadre d’un festival, dans la mécanique de l’industrie du cinéma. Un programme intensif qui comprend des échanges sur la production, l’écriture du scénario, la post-production et les pitchs. Ceux-ci ont d’ailleurs été présentés devant une salle comble, au Cinématographe vendredi 27 novembre.

 

«  Si cette opportunité n’existait pas il faudrait des mois, voire des années, pour que les gens puissent connaître un jeune réalisateur », explique Stefano Tealdi, producteur italien et expert en pitch pour l’atelier. L’importance de cette initiative pour les nouveaux talents est évidente. Mais qu’est-ce que cela apporte aux professionnels qui participent à l’aventure ?

 

Claire Lajoumard, productrice française, est engagée avec Produire au Sud depuis 2004. « C’est une façon d’avoir un point vue, un regard sur le cinéma contemporain de ces trois continents. C’est une connexion intellectuelle et culturelle permanente avec différents endroits du monde », explique-t-elle.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’atelier n’est pas une fabrique de contenus pour cette professionnelle du cinéma qui a aussi une société de production. « Je ne mets pas mes goûts personnels dans mon travail avec PAS. Je dois rester dans le même rapport avec toutes les personnes. »

 

En plus de dix ans, seul un binôme a réussi à la convaincre de travailler avec elle. C’était à l’atelier organisé à Buenos Aires (Argentine) en 2006. Pablo Fendrik et Juan Pablo Gugliotta lui ont montré le projet de La Sangue Brota. “ C’était plutôt la personnalité du réalisateur (Fendrik), ce qu’il avait fait avant et son énergie qui m’ont convaincue. ” Elle s’est affranchie de sa règle personnelle et a eu raison. Deux ans après, en 2008, le film est sorti et a été sélectionné pour La Semaine de la critique à Cannes.

 

Toujours se remettre en question

 

Le succès n’est pas toujours évident dans l’industrie du cinéma. « Parfois on travaille deux ans sur un film qui ne va pas sortir. Parfois on se trompe. C’est un métier pour lequel il faut toujours se remettre en question. À la fin d’un projet il faut tout recommencer pour un autre », commente Claire Lajoumard.

 

Le temps entre la conception de l’idée et la mise en œuvre peut paraître long pour ceux qui n’ont pas l’habitude, mais la productrice explique qu’une année est vraiment le délai minimum. Tout d’abord il faut choisir un scénario ou le faire écrire à la demande. Puis réfléchir à la faisabilité technique du projet, trouver des partenariats et essayer de prévoir la sortie. « C’est une des parties les plus difficiles dans la conception d’un film parce que tout est assez aléatoire. Il y a beaucoup d’éléments qui jouent dans le succès d’un film, y compris s’il fait beau ou s’il pleut le jour de la sortie ». S’y ajoute naturellement la question financière.

 

« L’argent ne résout pas tout dans le cinéma, mais c’est une activité qui est chère, même dans le cinéma indépendant », selon la productrice. Contrairement à ce qu’on peut penser, la vente du produit final ne rapporte pas des sommes astronomiques. « Le marché change. Le prix des films a beaucoup baissé. Pour certains les droits de diffusion n’excèdent pas trois ou quatre mille euros. Il y a quelques années on pouvait compter sur un zéro de plus ».

 

Pour l’avenir du milieu de la production, Claire Lajoumard considère que les trois continents ont une place à prendre. « Il y a des pays qui sont en plein développement en Amérique Latine et en Asie. C’est une population très jeune par rapport à la moyenne européenne et qui est en pleine évolution culturelle. En Europe, nous sommes plutôt dans une position de protection de statuts. »

 

Pour lire l’entretien de Stefano Tealdi en intégralité c’est ici.

Juliana J. Garzon

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