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Kids Return

Affiche du film "Kids return"Dans le Japon des années 90, deux adolescents marginaux désertent les cours pour s’amuser à vélo. Shinji est l’ombre discrète et disciplinée de Masaru, plus libertaire et dominant, dans ses activités de caïd en herbe. Divisés par des aspirations différentes, l’un voulant devenir Yakuza (mafieux japonais) et l’autre champion de boxe, les deux adolescents sont amenés à réfléchir sur le sens de leur existence et à atteindre, finalement, l’âge adulte.

 

Takeshi Kitano choisit le silence et les regards pour traiter des rapports humains et des réflexions nouvelles à cette période de la vie : perte de repères, peur de l’avenir, compétition. Ici, les aspirations des personnages, l’ambivalence entre amitié et rivalité, peur et admiration sont exprimées discrètement. La symbolique est servie par une mise en scène qui attire naturellement l’œil et l’oreille vers le propos profond du film. Ces symboles peuvent s’exprimer au travers de couleurs, comme le rouge plein de fureur des vêtements de Masaru qui se heurte au bleu calme et sage de ceux de Shinji.

 

Mais les personnages secondaires eux-mêmes fonctionnent comme des allégories. Ils sont les épreuves du passage, déclenchent le procédé initiatique. Le film traduit cet aspect en donnant ce mutisme au personnage qu’il suit le plus, Shinji. Seul après la perte de son ami, il cherche ses repères et intègre ceux de son environnement qui le rend malade. Cette parabole est une leçon de Takeshi Kitano sur l’amitié et la difficulté du passage à la maturité. En mettant la morale au premier plan, et en l’intégrant visiblement sur toute sa longueur, il donne d’ailleurs au long-métrage sa plus grande force, mais également sa plus grande faiblesse. Si ce procédé motive l’histoire et lui offre ses aspects les plus touchants, il est difficile de ne pas voir malgré tout celle-ci comme un prétexte à cette leçon de vie.

 

Que ce soit à travers les observations silencieuses de Shinji, les rêves de grandeur déchus de Masaru ou encore la banalité toute relative des autres lycéens, des détails, des phrases, des questions ramènent à l’âge des premières fois. Le film prend son temps, en se concentrant sur l’esthétique des paysages urbains et arrive à brasser et développer suffisamment de sujets différents pour maintenir le spectateur en haleine. Avec une intrigue et un décor sobres, Kids Return éclaire la lanterne de l’adolescent qui sommeille en nous avec une sensibilité et une subtilité rares.

 

 

Réalisateur : Takeshi Kitano

1996

107′

 

Maël Garnier

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