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Point de départ

Affiche du film "Point de départ"Robert Kramer, réalisateur, acteur et scénariste américain, s’est très vite engagé, caméra au poing, pour dénoncer toutes les oppressions. Il fut l’un des chantres de la contre-culture cinématographique dans les années 60. Militant anti impérialiste, il s’est entre autres positionné contre la guerre que menait son pays au Vietnam.

 

Point de départ s’inscrit dans cette lignée qu’il avait abordée vingt ans auparavant, avec des documentaires comme People’s war ou Route One USA.

 

Le documentaire Point de départ (1996) a été produit après un nouveau séjour de Kramer à Hanoï, lieu où la mémoire est figée. Il s’agit, dans l’esprit du réalisateur contestataire, de montrer l’après guerre. Tout au long de ce film, il nous fait vivre au rythme du temps, au rythme des générations.

 

Séquence émotion : l’interview de la militante Linda Evans, qui était déjà là en 1969, mais condamnée en 1985 à quarante ans de prison.

 

Le temps passe mais les souvenirs restent

 

À 54 ans, Kramer montre que sa patte est toujours aussi vivante : des images au rendu vieillissant qui prennent leur temps dans une atmosphère calme et apaisante. Des plans qui parlent d’eux mêmes : focus sur un mur en construction, sur un jeu d’échec, sur les rails du train traversant la ville de tous les espoirs, Hanoi. Tous ces cadres semblent remettre la jeune génération au centre d’un échiquier à échelle humaine. Ces plans rapprochés permettent de se focaliser sur les sentiments des personnes, sans se laisser divertir par la vie qui file.

 

Cette façon de filmer met en évidence les allers-retours fréquents entre le passé et le présent. Avec un temps pour la génération guerre, un temps pour la génération 90, sans oublier l’entre-deux… la guerre.

Niveau audio ? Des sons diégétiques rythment majoritairement les 90 minutes.

 

Les témoignages des personnes d’après guerre mettent l’accent sur des Vietnamiens pleins d’espoir qui se sont construits sur un chemin jalonné de bombes et de larmes et pourtant un équilibre ancré entre l’avant et l’après est bien là.

 

Kramer laisse une place très particulière aux vecteurs de mémoire : une caméra poussiéreuse par ci, des photos de l’époque par là, etc. Un parti pris pour un jeu de lumière et d’ombre reflétant un passé obscur dans l’espoir du présent.

 

« Je me demande comment se souviennent gens qui ne filment pas, qui ne photographie pas… comment faisait l’humanité pour se souvenir.. »Chris Marker.

 

Le pont, tout un symbole

 

Dans Point de départ le présent ne peut en aucun cas se dissocier du passé.

 

Kramer nous balade de vies en vies, de métiers en métiers, de ponts en ponts en ne perdant pas de vue son objectif : montrer que la vie après la guerre n’est pas si différente de la vie avant.

Mais pour s’en rendre compte, il faut revenir en arrière, revenir sur les lieux témoins de scènes de guerre…

 

Comme l’a déclaré Robert Kramer avant sa mort en 1999,  « La question est de savoir comment chacun peut vivre avec sa propre histoire, sentir le temps passer, mesurer ses gains et ses pertes et conserver son équilibre au milieu de la secousse du tremblement de terre. »

Réalisateur : Robert Kramer

90’

1994

 

 

Cécile Limorté

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