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Ticket

Affiche du film "Ticket"Dans une petite ville portuaire de Corée du Sud, Min Ji-Suk gère un café qui livre à domicile. En échange d’un « ticket », quatre jeunes serveuses offrent également leurs charmes aux marins de passage.


On retrouve dans Ticket tout ce qui constitue la recette classique d’un mélodrame coréen : une femme qui, sans raison ni justification, cumule les pires mésaventures. Ici, la jeune et innocente Se-young, d’abord réticente à l’idée de retourner les avances de clients lubriques, fini par s’y plier pour financer les études de son ami. Lorsque celui-ci apprend la vraie nature de son activité, les malheurs s’accumulent. Ni ses camarades d’infortune, ni la patronne Min Ji-Suk, qui a déjà vécu une situation semblable dix ans auparavant, ne trouvent un meilleur sort ; chacune sacrifiant une part d’elle même au profit d’une figure masculine. De générations différentes, la similarité de leur condition les rapproche au point qu’elles se confondent.


Malgré les codes du genre bien établis, le film délivre un message résolument politique. Tout s’y oppose ; l’espace intérieur et l’extérieur, la pureté et l’immoralité, l’individuel et le collectif, le traditionnel et le moderne, la lâcheté des hommes face à la force de ces héroïnes. De nombreuses scènes, sensuelles et explicites, surprennent, en ce qu’elles montrent sans pudeur le plaisir féminin. Une partie du film aura sans doute été censuré à sa sortie.


Im Kwon-taek dénonce la condition et l’exploitation des femmes dans une société patriarcale toujours en place aujourd’hui. « Les filles sont précieuses, mais le fils devrait être le premier à se marier » entend-on dire lors d’une fête de famille. Pour rendre cela possible, il faudra que Se-young travaille encore plus dur pour donner à son frère infirme assez d’argent pour lui permettre de s’acheter un lopin de terre, et la femme qui va avec.


Bien que souffrant parfois d’un traitement qui l’inscrit dans une époque révolue (comme souvent dans les productions des années 80, saxophone et synthétiseur sont très présent dans la bande son), ses thèmes – l’oppression et la violence vécues par les femmes dans les sociétés patriarcales – n’ont pas pris une ride. Un autre film projeté en Séances Spéciales : Mustang de Deniz Gamze Ergüven, sorti cet été, en témoigne.



Réalisateur : Im Kwon-taek

1986

100’


Laura Daouk

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