Ressources

Drapeau britannique
 

« Vous n’avez pas une deuxième opportunité de donner une bonne première impression » Stefano Tealdi

Photographie de Stefano TealdiCinq minutes pour présenter sa passion. Dans le monde du cinéma, c’est ce qu’on appelle un pitch. Un temps précieux qui doit être utilisé pour construire une relation de confiance entre des personnes qui ne se sont probablement jamais rencontrées. Il s’agit de raconter une petite histoire avec un début qui accroche, un milieu qui fait le point et une fin inoubliable. L’objectif c’est de donner envie aux professionnels d’investir dans le projet. Stefano Tealdi, producteur et réalisateur italien, est l’expert en pitch de l’atelier Produire au Sud. Un intervenant présent depuis six ans. Même s’il n’a pas une “formule gagnante”, il partage sa technique un peu partout dans le monde pour aider des nouveaux talents à avoir leur chance dans l’industrie.

 

Vous travaillez avec Produire au Sud depuis des années et votre entreprise de production, Stefilm, offre elle aussi un campus de développement. Pourquoi êtes-vous si investi dans la formation des nouveaux réalisateurs ?

 

Deux raisons : dans la production de films, les nouveaux talents sont très importants. Tout le monde veut les découvrir mais parfois ces jeunes n’ont pas les moyens de s’exprimer. Dans le campus de développement nous avons la chance de les rencontrer et de les aider à faire leurs premiers pas professionnels. Ils ont tous une histoire de vie très différente, une “vision jeune” des films et sont tous passionnés par ce qu’ils font. C’est aussi un moyen de reconnaître un nouveau talent et, peut-être un jour, de travailler ensemble.

 

L’autre raison est qu’en Italie il y a peu d’enseignements et d’entrainements sur le style documentaire (mon entreprise produit surtout des documentaires), et donc nous avons besoin de partager nos connaissances pour que ces jeunes puissent nous apporter des bons projets dans le futur.

 

 

Est-il difficile de “pitcher” une idée dans l’industrie du cinéma ?

 

Ce n’est pas difficile et c’est une très bonne opportunité. Un jeune inconnu peut pitcher son idée parfois des dizaines, voire des centaines de fois, face à des producteurs, des financiers et des professionnels reconnus dans le milieu. Si cette opportunité n’existait pas cela prendrait des mois, voire des années, pour que les gens puissent connaître son projet. Il y a beaucoup de master class et séminaires car la technique du pitch n’est pas connue de tous. Beaucoup de personnes ne comprennent pas à quoi cela sert et donc comment le faire.

 

Quand on parle des films, que veut dire avoir une bonne idée pour que les producteurs veuillent vous financer ? Est-il impératif d’être original ?

 

Bien sûr. Il faut avoir une bonne idée, qu’elle soit originale. Dans le milieu culturel, personne ne veut investir dans quelque chose qui a déjà été fait, mais je ne crois pas en une “formule gagnante”. Un film est un travail très complexe, il est le résultat de beaucoup d’autres choses, donc je ne crois pas qu’il y ait un moyen facile de comprendre ce qui est “vendable”. Cela peut être une idée, l’originalité de cette idée ou l’originalité du réalisateur, l’histoire, des personnages ou le style.

 

Quand j’apprends aux gens à “pitcher”, je ne leur dis jamais quoi pitcher ou comment le faire. J’essaye de les aider à trouver les éléments les plus intéressants et la façon la plus attractive et intrigante d’expliquer ce qu’ils ont dans la tête. Le pitch doit être naturel et passionné parce que c’est la première rencontre avec le public.

 

 

Est-ce qu’un bon pitch peut sauver une mauvaise histoire ? Ou le contraire, est ce qu’un mauvais pitch peut “tuer” une bonne histoire ?

 

Un pitch ne peut pas vendre ni tuer un mauvais projet. C’est une première rencontre et il peut beaucoup aider les gens à comprendre ce que vous imaginez et ainsi mieux vous connaître, mais il peut aussi donner une mauvaise impression et ne pas attirer les bonnes personnes. On dit toujours : “Vous n’avez pas une deuxième opportunité de donner une bonne première impression”.

 

Je crois qu’il n’y a pas de règles pour pitcher, mais il y a une nécessité : il faut le préparer (et être prêt). Si vous donnez l’impression de ne pas connaître votre projet ou de ne pas y croire, les personnes en face de vous n’y croiront pas non plus.

 

 

Pendant le Festival des 3 Continents vous serez dans un environnent international. Les projets sélectionnés viennent eux-mêmes de six pays différents. Faut-il être sensible à la multi-culturalité pendant la préparation et la présentation du pitch ?

 

Bien sûr. Ils vont se présenter aux autres professionnels qui ont une façon totalement différente de réaliser et de regarder des films, mais aussi une façon différente de se comporter et de dire les choses. Comme nous tous dans une rencontre, nous devons être sensibles à cet environnement culturel pour le comprendre et être capable de communiquer avec eux.

 

Avez-vous des attentes par rapport aux projets sélectionnés ? Y’en a t-il un qui vous attire particulièrement ?

 

Je ne lis pas les projets avant de venir à l’atelier Produire au Sud. Je veux entendre les réalisateurs parler de leurs projets (s’ils ont un titre par exemple, comment ils parlent de leurs personnages, l’importance de l’histoire…), tout cela en n’ayant aucune idée préconçue sur le projet, que j’aurais pu avoir en le lisant en amont.

 

Comme tous les ans, je sais que je vais passer de très bons moments et apprendre beaucoup avec eux. J’ai hâte d’écouter toutes leurs histoires.

 

La présentation du pitch est ouverte au public le Vendredi 27 novembre au Cinématographe, à 11h15.

 

 

Juliana J. Garzon

Share Post